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Le retour du loup en Haute-Savoie: un sujet conflictuel

Dernière mise à jour : 28 mars 2020

Juin 2019, on estime le nombre de loups adultes sur le territoire français à 530 individus. Le nombre de loups pouvant être abattus cette même année s'est alors chiffré à 100 individus, soit pratiquement un cinquième de la population. En Haute-Savoie, 2 ZPP (Zone de Présence Permanente) étaient déjà officialisées, dans le Chablais et dans le massif des Bornes. Une troisième a été détectée selon l'OFB (Office Français de la Biodiversité) début 2020 dans les Aravis. Nouveaux conflits? Nouveaux débats? Que penser? Sans rentrer dans un débat complexe qui oppose enjeux économiques et écologiques, découvrons avant tout qui est réellement Canis lupus, l'ancêtre du chien, qui a été de tout temps l'ami le plus fidèle de l'homme !!!


Mont Blanc vu depuis le col des Aravis, au-dessus de La Clusaz (Haute-Savoie)
Mont Blanc vu depuis le col des Aravis, au-dessus de La Clusaz (Haute-Savoie)

 

Dynamique de dispersion de Canis lupus

“Ce comportement contribue fortement à la dispersion de l'espèce et permet de maintenir un équilibre...

Pour comprendre le comment du pourquoi le loup arrive à recoloniser ces territoires dans lesquels il a été absent durant plusieurs décennies, il faut connaître les mœurs de cet animal fascinant.


Le loup est un animal qui vit en meute. Cette meute, qui dépasse rarement une dizaine d'individus, est très organisée et hiérarchisée. Chaque individu occupe une place bien définie. Le mâle alpha domine le groupe et se reproduit. Il est le premier à manger après la mise à mort d'une proie et laissera les autres se repaître que lorsqu'il sera rassasié. Il a pour mission de veiller à la sécurité du groupe. Il prend les décisions pour le groupe (lieu où dormir, temps de jeux, quand partir à la chasse, etc). Sa place est remise en question tous les ans à la période du rut. La femelle alpha est la principale reproductrice et sera aussi prioritaire concernant l'accès à la nourriture. Les autres participent à la vie collective, à la chasse, à la défense de la meute, ainsi qu'à l'élevage des louveteaux.


Cependant, lorsque les jeunes mâles arrivent à la maturité sexuelle, le besoin de se reproduire se fait ressentir. Certains pourront défier le mâle alpha pour prendre la domination du groupe. C'est plutôt rare. En règle générale, ces jeunes loups quitteront la meute et partiront à la conquête d'un nouveau territoire, parfois accompagnés d'une femelle, pour former une nouvelle meute. Ce comportement contribue fortement à la dispersion de l'espèce et permet de maintenir un équilibre quant aux ressources alimentaires présentes sur un territoire. Ainsi les populations de proies ne subissent pas une pression de chasse trop forte. En effet si la prédation est trop élevée, la meute se déplace, ou se réduit avec le départ de plusieurs membres. Toutefois, lorsque les ressources alimentaires sont suffisantes, dans les meutes comprenant de nombreux individus, certains jeunes loups pourront rester dans la meute et se reproduire avec certaines femelles, tout en étant soumis au mâle alpha .

L'habitat en Haute-Savoie


Si l'on remonte deux siècles en arrière, les territoires montagneux français étaient très exploités pour le minerai, le bois pour alimenter les forges, le pastoralisme, etc. Chaque massif était un territoire rempli de ressources qui engendraient une activité humaine florissante. Chaque village avait son boulanger, son charcutier, son maître d'école, etc. Mais suite à la révolution industrielle, le transport ferroviaire a permis d'acheminer ces ressources depuis des territoires plus faciles à exploiter. Le minerai vient des pays de l'est ou le bois des pays nordiques. Petit à petit s'est enclenchée une désanthropisation des territoires montagneux, c'est à dire que l'homme a déserté ce territoire pour se rapprocher des villes qui offraient plus de confort (électricité, température plus clémente, travail moins contraignant, ...). La forêt s'est alors mise à regagner du terrain. Même si dans les années 70, l'essor du tourisme, avec la construction des stations de ski, a freiné quelque peu cette recolonisation de la forêt, on estime que dans certains massifs, la forêt a repris aujourd'hui autant de terrain qu'au moyen-âge.



Mais la forêt ne revient pas toute seule. Les cervidés, qui y trouvent leur habitat de prédilection, suivent cette même dynamique. Ils se reproduisent et deviennent de plus en plus nombreux. De la forêt, des herbivores, l'habitat est alors prêt à accueillir les grands prédateurs. C'est la raison pour laquelle le loup, de par sa dynamique de dispersion dans un souci de maintien d'équilibre, revient peu à peu dans les Alpes françaises. Son retour n'est pas lié au hasard, il correspond à une logique établie depuis la nuit des temps. Il va permettre de réguler les populations d'herbivores, ce qui est indispensable pour empêcher ceux-ci d'avoir une pression trop importante sur les forêts, ou de voir des maladies se propager chez ces populations, telles que la brucellose qui touche le bouquetin dans le massif du Bargy.


Bouquetin dans le massif des Aiguilles Rouges (Haute-Savoie)
Bouquetin dans le massif des Aiguilles Rouges


 

Le loup a-t-il sa place ?


Difficile de répondre à cette question en si peu de lignes sans offusquer certains! Il ne faut pas omettre d'aborder les enjeux économiques et sociaux pour formuler un tel avis, peut-être le ferai-je dans un prochain post. Mais pour cet article, je ne vais prendre en considération que les dimensions écologique et éthique de la question.

Tout d'abord, il faut savoir que le loup n'est pas un animal spécifique au milieu montagnard. S'il se retrouve confiné dans cet habitat, c'est que l'homme ne lui a pas laissé de place ailleurs. Sur les 644 000 km² de territoire français, les Alpes représentent environ 40 000 km², soit 6% de la superficie du pays. D'un point de vue éthique, la question que je me pose est la suivante. En tant qu'espèce animale, l'homme peut-il vouloir contrôler à tout prix la totalité du territoire au détriment d'une autre espèce? Ne pourrait-il pas partager avec elle au moins les massifs montagneux? Nos immenses domaines skiables et autres infrastructures empiètent déjà beaucoup sur ces 6% restants. L'impact écologique de l'activité humaine sur une multitude d'autres espèces n'est déjà pas mirobolant. Alors un tel sacrifice, quand bien même s'il impacte sur notre modèle social et économique, ne serait-il pas un acte citoyen ou même un devoir civique envers le monde animal, envers le monde du vivant?


“l'homme peut-il vouloir contrôler à tout prix 100% du territoire au détriment d'une autre espèce?

D'un point de vue écologique maintenant, pourrions-nous considérer l'impact négatif qu'a l'homme sur son milieu naturel? Déforestation, pollution de l'eau et de l'air, captages détruisant la vie des cours d'eau, kilomètres de pistes damés engendrant un tassement des sols et une érosion significative, etc... Ne serait-il pas alors judicieux de permettre aux massifs montagneux, que l'on a désertés jadis, de devenir et rester des espaces naturels plus préservés? Le rôle des grands prédateurs sur le bien-être et l'équilibre du milieu naturel n'est plus à prouver (voir vidéo dans cet article sur le loup dans le Yellowstone). Pour continuer d'en profiter, nous devons apprendre à le partager. Il ne faut pas se mentir, nous ne contribuons pas à son équilibre. Alors respectons ceux qui œuvrent à cette tâche.


Mer de glace dans le massif du Mont Blanc, en Haute Savoie.
La mer de glace, dans le massif du Mont Blanc, recule en moyenne de 10 mètres par an.


Pour résumer, d'un point de vue éthique et écologique, vu ce que nous faisons subir à notre environnement, le loup a bien plus sa place dans les montagnes que nous. Alors contentons-nous de contrôler le reste du territoire pour le moment, même si c'est seulement 94% de la superficie du pays!!!

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